Pas
la panne sèche mais un net ralentissement tout de même. Une sorte de passage en
mode hibernation sans attendre les grandes froidures ou l’officialisation de
l’hiver (un boulot en effervescence aide aussi, un peu paradoxalement, à mettre
la pensée sous l’étouffoir).
Ça
doit être la raison pour laquelle les mouvements du monde ne me stimulent qu’assez peu.
Quelques
exemples :
Je
digère à peu près la défaite de mon poulain
(c’était assez prévisible, encore plus pour moi qui ne gagne quasiment jamais
au jeu des élections. Une expiation pour mes vieux péchés abstentionnistes
peut-être…) mais je n’en tire aucune analyse vraiment intéressante. Tout au
plus essayé-je de me convaincre des vertus de la dame du Poitou qu’en bon bourgeois parisien, aveugle des réalités de la France d’aujourd’hui, j’aurai laissé passer mais je vous
avouerai que je ne me convaincs pas.
De
l’assassinat de Pierre Gemayel je ne saurais rien dire qui se
différencierait un tant soit peu de ce qui a déjà été dit ou écrit à ce sujet.
Me replonger dans la dernière livraison d’Esprit qui consacre
deux articles à ce pays martyrisé me donnera peut-être les armes pour élaborer
une vision intéressante. Nous verrons.
La
lecture justement. En
ce moment je pense peu mais je lis avec une ardeur redoublée.
Petite
revue de livres donc :
- J’ai fini il y a peu de temps « Droit
Naturel et Histoire » de Léo Strauss. Un penseur à la triste
réputation et dont on résume bien trop souvent la pensée à « ce qui a
inspiré les néoconservateurs ». Une réduction bien malhonnête et dont le
seul intérêt est de pouvoir le condamner sans avoir à le lire. Voilà qui
serait fort dommage, car cet auteur a une pensée complexe, difficilement résumable
en dehors de son penchant marqué pour les philosophes classiques (entendez
antiques et médiévaux), d'une méfiance très développée à l’égard des pensées qui
font système ou de son étonnement devant
une avidité de droit qui s’affranchirait de tous devoirs. Des choses
contestables également, bien sûr, mais rien qui vaille l’anathème. Il faudrait
que je revienne plus longuement là-dessus (je réfléchis à la possibilité de
fiches de lectures qui soient accessibles de ce blog sans en être des billets).
Pour l’anecdote, une citation qui m’a fait sourire et qui me semblait en résonance
avec une note récente de Tlön : « Le type d’homme
annoncé par Rousseau […] n’est plus le Philosophe mais ce que l’on appellera
plus tard l’artiste. […] Lorsqu’il revendique un traitement privilégié, c’est
davantage en vertu de sa sensibilité que de sa sagesse. […] Comme sa conscience ne l’accuse pas seul mais en même
temps accuse la société à laquelle il appartient, il est porté à se considérer
comme la conscience de la société. Mais il est obligé d’avoir mauvaise
conscience puisqu’il est la mauvaise
conscience de la société. »
- En ce moment, je dévore « La Discorde »,
les entretiens que Rony Brauman et Alain Finkielkraut ont tenus en présence d’Elisabeth
Lévy. Le sujet : le conflit Israélo–Arabe sur lequel ils se sont
copieusement écharpés par déclarations interposées. Une confrontation directe a
le mérite de les obliger à renoncer aux facilités que permet la polémique pour
remplacer les invectives par des arguments plus développés. Un livre qui vous
change et bouleverse vos certitudes. Je n’en suis qu’à un peu plus de cent
pages et à ce point je ne peux que dire que je me range le plus souvent
derrière la pensée de Finkielkraut (note aux commentateurs potentiellement
agressifs : ce n’est pas tout le temps le cas et je suis loin d’être un
adepte béni oui-oui de Finkie.) mais
celle-ci, pour se développer tend à s’arranger avec le factuel et c’est là que
son contradicteur devient très précieux.
- Car il n’y a pas que les essais dans la vie,
je me régale depuis avant-hier à lire
«La Vie de Rancé », un Chateaubriand
tardif dont j’ai entendu parler via Roland Barthes. Je crois avoir toujours été
fasciné par ces personnages d’ascètes qui ne le sont devenus que suite à un
grand retournement de leur vie. Comme s'ils arrivaient à « puiser
leurs dernières forces dans leurs premières faiblesses ».
- De cette fascination vient sans doute mon
affection particulière pour le personnage de Ward Littell, dans le très sombre
« American Tabloïd » de James Ellroy, un
«classique » du polar, la face sombre des années Kennedy (sujet de la
mythologie contemporaine américaine, certes archi rebattu mais dont je
reste un bon client) qui trainait sur mes étagères depuis fort longtemps. Grand
(et gros) bouquin, assez remarquable par la façon dont il fait évoluer ses
personnages.
- Pas grand-chose à voir (même s’il s’agit
d’un livre « à voir ») : « Symbolisme »,
aux éditions Taschen. Une bonne mise en bouche avant d’aller admirer les œuvres
du Nabi Maurice Denis à Orsay.
Bon,
si je retournais bouquiner sous la couette, moi…
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