juin 2009

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          

founded in 1897

un captif amoureux

Blog powered by TypePad

« la résistible réhabilitation de la crapule | Accueil | rip »

29 juillet 2007

le souci du monde

Carl_schmitt J’ai lu il y a plusieurs mois dans Libération une interview de Jean-Claude Monod à propos de Carl Schmitt – auteur que je ne connais pas, du moins, pas bibliquement pour l’instant - et dans laquelle il indiquait que le juriste allemand, longtemps une inspiration pour des cercles plutôt marqués à droite, était devenu depuis quelques temps une référence chez certain penseurs de gauche (Toni Negri, Gorgio Agamben, Etienne Balibar ou encore Jacques Derrida).

D’après Jean-Claude Monod, ces penseurs puisent chez Carl Schmidt, "ennemi intelligent" de la démocratie "doté d’un grand sens de la synthèse et d’un art de la formule",  les moyens de détruire les grandes convictions de l’idéologie démocratique et libérale - ironiquement, ces gens de gauche donnent donc dans l’une des manières de rhétorique réactionnaire selon Albert Hirschman – en partant à la chasse de ces points limites où la démocratie « tomberait le masque et montrerait son visage de puissance et d’arbitraire ».

En somme, lorsque l’Etat libéral devient policier et brutal, il montre davantage sa vraie nature qu’il ne dérive.

.

Je repensais à ces lignes anciennement lues lors d’une fin de soirée en compagnie d’amis qu’on dira par commodité plus à gauche que moi.

Certains parmi ces derniers lisent parfois ce blog (bonjour !) et ne manquent pas d’être, d’après ce que j’en ai compris, en désaccord fréquent avec les propos ici tenus.

Un point plus particulièrement achoppait : mes régulières louanges à Pascal Lamy.

Ma conviction est que, si l’OMC n’est pas le dispensateur des bienfaits sur terre, il a au moins l’avantage d’être la plus démocratique des institutions internationales et, qu'à promouvoir le multilatéralisme en matière de négociations commerciales, on modère un peu les déséquilibres qui s’expriment plus pleinement lors de négociations bilatérales.

A quoi il me fut répliqué que ces améliorations n’étaient que poudre aux yeux et qu’au final seules les grandes puissances (en premier lieu, évidemment, l’hyper puissance) imposaient leurs vues et que c’était cet état, de fait, qu’il fallait au préalable renverser et que l'OMC, en tant que complice, était condamnable ; le mieux n'étant pas le Bien, il n'est que le masque du Mal.

.

Le problème, face aux désirs maximalistes, est que vos adversaires prendront vos nuances pour des renoncements, pour de la capitulation.

On a tôt fait d’être dénoncé comme un tiède (de ceux que Dieu vomit) face à la culture protestataire que Michel Rocard dénonce comme étant finalement une culture de l’impuissance.

Je ne suivrai ceci dit pas forcément ce dernier lorsque, dans un excès bilieux, il vitupére de manière un peu excessive contre "ce goût du discours excessif, du pathos lyrique… Cet absolu mépris des rudes contraintes de l’art de produire et de distribuer que par convention on appelle l’économie..." car cette caricature ne concerne heureusement pas les amis en question.

.

Néanmoins il y a, je crois, une vraie différence de rapport au monde et à soi, quelque chose de l’ordre de la différence entre "éthique de conviction" (Gesinnungsethik) et "éthique de responsabilité" (Verantwortungsethik) que pointait Max Weber.

Dans son livre "Dialogue sur la morale", François Jullien oppose le souci du monde ou conscience soucieuse à la suspicion du monde, cette tendance de l’homme, "qu’il soit parti de l’expérience du péché ou de celle de son affliction à [commencer par] porter un jugement négatif sur le monde", tendance à mon avis à l’œuvre dans le désir de tabula rasa ou d’un autre monde.

Tendance à laquelle je suis, il me semble, assez étranger.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/services/trackback/6a00d8341c972853ef00e3981d85e88833

Voici les sites qui parlent de le souci du monde :

Commentaires

pour soutenir ton point de vue auprès de tes amis, la remarquable analyse de Gérard Grundberg et Zaiki laidi dans "sortir du pessimisme social" http://www4.fnac.com/Shelf/Article.aspx?PRID=1904998
où ils montrent comment le positionnement d'une certaine gauche (par exemple mondialisation = mal absolue) est en contradiction totale avec l'espérance révolutionnaire

Je suis tout à fait d'accord avec toi, à ceci près que ces penseurs qui "dérangent" sont toujours utiles et précieux, d'une part parce que l'indignation est toujours utile quand elle ne s'érige pas en système de pensée, et d'autre part parce que des gens comme Foucault, Bourdieu (Negri et Derrida, j'ai jamais réussi à en lire plus de 50 pages, non par désaccord mais parce que ça me tombe des mains) ou plus récemment Wacquant bousculent les habitudes de pensée de ceux qui professent la reponsabilité. Trouver une manière de faire des allers-retour entre ces deux attitudes est important, et vraiment pas une tâche facile. Je reproche justement un peu au bouquin de Laïdi-Grunberg, que je viens de finir, de se fermer totalement à ces influences sous prétexte de pragmatisme et de refondation de la gauche. Sur le terrain que je connais le moins mal, l'économie, ils s'attaquent à l'école de la régulation sans en voir du tout les apports, c'est dommage.

Effectivement le bouquin de Laidi et Grumberg (que j’ai lu verel, merci) n'est pas sans défaut et, dans son partialisme, fonctionne un peu trop sur une logique de camps séparant nettement les pragmatiques des éternels opposants.
Ceci-dit, leur critique d'une certaine religion de l'indignation n'est pas malvenue. J’avoue préférer les travaux qui ouvrent des possibilités et cherchent la meilleure manière de prendre en charge les perdants plutôt que ceux qui veulent mettre à nu les perversités (voire la nature radicalement maléfique) du "système" (terme avec lequel j'ai un peu de mal et qui ne me semble pouvoir exister qu'à travers de grossières simplifications).
Considérer l'indignation est parfois nécessaire, on ne peut qu'être d'accord, mais les ouvrages qui cherchent à la susciter me rendent méfiant car elle est souvent facile à provoquer (le monde regorge encore de trop de malheurs), parfois même frauduleusement malgré ça (je pense au Cauchemar de Darwin) et fait facilement frein à l'analyse.
Mais bon, comme tu l'as très justement dit "trouver une manière de faire des allers-retours entre ces deux attitudes est important, et vraiment pas une tâche facile". J’insiste sur le "pas facile".

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Google

WWW
cinquiemee.typepad.com