Je crois que j’ai finalement de l’admiration pour les militants purs et durs qui arrivent à éprouver de l’enthousiasme pour leur candidat (et donc de l’intérêt pour la campagne).
Pour ma part, je ne vois rien d’emballant se dessiner et ma seule certitude à l’heure actuelle c’est que dans ce qui motivera mon vote, il n’y aura que fort peu d’adhésion.
En même temps, je ne suis pas sûr d’avoir un jour été en plein accord avec celui pour qui je me décidai, loin s’en faut, et ce qui s'est sans doute le plus rapproché d’un vote de conviction était mon oui au référendum de 2005.
Bon, il y a tout de même, évidemment, quelques principes qui rendent certains votes impossibles. Mais, une fois exclus le repoussoir frontiste, le national souverainisme europhobe villieriste et ses obsessions islamophobes, la cohorte des bienheureux qui pensent que le bonheur des opprimés n’a qu’à être arraché de la poche des nantis, on se retrouve avec les trois mêmes.
.
Enfin, je dis les trois, mais pour moi, il n’a jamais non plus été envisageable de mettre un bulletin Sarkozy dans l’urne.
N’allez pas croire que c’est son prétendu ultralibéralisme qui m’effarouche, pas davantage que ses accointances américaines (ah le vil crime antifrançais). Non, je crois que c’est Eviv qui a le mieux résumé ce qu’on pouvait en penser : « il représente plutôt pour moi la quintessence de la connerie franco-française. Le ralliement de Max Gallo est là pour en témoigner lourdement si nécessaire. » Pas convaincant sur l’Europe, dissimulant mal son vrai désir protectionniste sous un fin vernis de pseudo écologisme, privilégiant, quoiqu’il en dise, la rente au mérite, il n’a décidément rien d’attirant. Et puis, on me renverra sans doute là à ma trop bourgeoise bien pensance, mais son « le juge doit payer !», l’affaire Genestar, ou encore ce rapprochement entre immigration et identité nationale me choquent.
N’en restent donc plus que deux.
.
Poser la question comme ça me parait déjà étrange. Membre du PS, je ne devrais pas avoir à hésiter une seconde et me rallier au blanc étendard ségolénien et dans la joie en plus.
Mais… non.
Enfin pas aussi simplement que ça. Le tour (Chevènementiste ?) que prend la campagne Royal depuis quelques temps, les attaques contre la BCE, un rapport avec les électeurs qui oscille entre la basse flatterie (« les français sont des experts ») et l’infantilisation (« je souhaite pour la France ce que je souhaite pour mes enfants ») tout cela forme un cocktail assez éloigné de mon idéal politique. Pour autant, je suis de ces traumatisés du 21 avril, et il me parait difficile de ne pas voter pour le PS au premier tour. Qui plus est je suis encore attaché à ce parti par une foi qui n’a sans doute plus grand-chose de rationnel. Je crois encore possible que le PS, malgré des prises de position parfois calamiteuses, se montre, une fois au pouvoir, à rebours de beaucoup de ses discours, plus dans la ligne de la plupart des partis sociaux-démocrates européens (mais n’est-ce pas très étrange et perturbant de voter pour que quelqu’un ne fasse pas ce qu’il s’est engagé à faire ?). Enfin, je n’arrive toujours pas à me convaincre, viscéralement, qu’il serait temps d’achever ce parti qu’on dira poliment déboussolé et que son élimination au profit de la carte centriste permettrait de redistribuer les cartes de manière peut-être plus conforme à mon goût.
.
Il y a donc l’option Bayrou. Tentant, je l’ai déjà dit, mais pas réellement convaincant. Je vais me répéter mais il y a quelques vraies divergences (l’entrée de la Turquie dans l’Europe par exemple), du scepticisme raisonné (sur une des mesures phares) et de la méfiance instinctive (comment ne pas décevoir quand la réussite du projet, ce grand renouvellement, dépend d’autant de paramètres extérieurs ?). Et puis, il y a autre chose qui me retient : une partie du vote Bayrou trouve sa motivation dans un désir de "coup de pied dans la fourmilière", un aspect destructif que je ne suis pas sûr de vouloir satisfaire…
Bref, ne me voilà pas beaucoup plus avancé.
.
Et sinon, hier il y avait un bien trop discret anniversaire…
Dans son discours à Villepinte ce qu'elle a dit est plutôt (de mémoire) "Parce qu'au plus profond de moi, si je suis présidente de la République, je veux réaliser pour chaque enfant né ici ce que j'ai voulu pour mes propres enfants." Je l'avais vu en direct et ça prenait bien les tripes quand même... mais tu fais peut être référence à un autre discours.
Sinon, j'adhère à ton point de vue.
Rédigé par: Ron | 27 mars 2007 à 11:31
On y arrive tout doucement, mais sûrement: personne ne représente exactement ce qu'on veut, mais au premier tour, c'est ce qu'il y a de plus proche, et au 2e, les propositions seront de plus en plus concrètes.
Rédigé par: Etienne | 27 mars 2007 à 13:50
La cohorte des bienheureux ira chercher son bonheur dans tes poches, c'est surement pour ca que tu les meprises
Rédigé par: niamreg | 27 mars 2007 à 14:12
Tout pareil...
Rédigé par: Jarod_ | 27 mars 2007 à 14:15
Il y a l'option Schivardi. Mais c'est tout.
Rédigé par: Vinvin | 27 mars 2007 à 14:21
On y arrive tout doucement, mais sûrement: personne ne représente exactement ce qu'on veut, mais au premier tour, c'est ce qu'il y a de plus proche, et au 2e, les propositions seront de plus en plus concrètes.
Rédigé par: Etienne | 27 mars 2007 à 15:05
@ Ron,
Non, je faisais bien référence à Villepinte, ma mémoire aura été trop partielle. Mais, pour l’avoir vu en direct également, moi ça m’avait plutôt irrité, ce côté « mère de tous les français ».
@ Etienne,
Mais je ne désespère pas (et puis je n’attends pas d’être exactement représenté sinon, je ne voterais jamais). On verra, mais je doute d’être capable d’un véritable engouement d’ici le 2e tour.
@ niamreg,
Après avoir mis ma tête d’affameur du peuple sur une pique sans doute ?
Ceci-dit, je pensais les bienheureux plus altruistes et donc moins préoccupés par leur bonheur que par celui des opprimés.
@ Jarod,
Ah, ben pareil aussi alors.
@ Vinvin,
Ah ah ah ah !
« L’Option Shivardi », ça claque !
Rédigé par: aymeric | 27 mars 2007 à 16:08
@aymeric
T'es-tu jamais imaginé que les bienheureux et les opprimés pouvaient être les mêmes? Sais-tu que les opprimés ont les mêmes droits que les autres, en particulier celui de voter? Arrives-tu à imaginer que nous puissions aller chercher ton argent dans tes poches sans nécessairement planter ta tête au bout d'une pic, mais juste en réformant les impôts? Pourquoi les bien pensants qui continuent à mépriser et insulter ceux qui ont voté non au TCE (ben oui, Sarkozy, Bayrou, Royal, c'est trois fois oui au TCE; un hasard?) auraient-ils l'exclusivité d'une pensée politique? Peut-on appeler "la concurrence libre et non faussée" une pensée politique?
Ah, Aymeric, que de questions pour toi qui t'en pose déjà tellement.
Rédigé par: niamreg | 27 mars 2007 à 17:29
Mais putain BON ANNIVERSAIRE L'EUROPE!!!!
vous croyez qu'il n'y a personne par ici à qui ça bouffe le bide de voir le cinquantième anniversaire de l'UE se dérouler dans un tel climat??
Continuez à avancer vers une Europe unie, on arrivera bien à vous rejoindre en route...
Rédigé par: david-david | 27 mars 2007 à 18:27
"une fois exclus le repoussoir frontiste, le national souverainisme europhobe villieriste et ses obsessions islamophobes, la cohorte des bienheureux qui pensent que le bonheur des opprimés n’a qu’à être arraché de la poche des nantis, on se retrouve avec les trois mêmes."
Euh je dirais plutôt cinq. Certes, il y a plein de raisons de ne pas voter pour la Verte et le chasseur, mais il est troublant que même quand on veut énumérer la liste des gens pour qui on ne peut pas penser voter, on ne pense pas à eux.
Rédigé par: Cyrille | 27 mars 2007 à 21:05
Je voterai S. Royal non pas par enthousisasme (je ne crois plus au père ou à la mère Noël) mais pour 3 raisons :
-elle est la seule a avoir été désignée à l'issue d'un véritable débat interne (dont certains moments ont été diffusés à la tv : transparence);
-elle aura donc ma voix dès le 1er tour pour éviter que se reproduise un 21 avril bis (la dispersion des voix est une donnée à prendre en compte);
-elle pourra compter sur une formation politique solide et sans doute majoritaire après les législatives.
Rédigé par: pas perdus | 28 mars 2007 à 08:45
@ niamreg,
Ah, le mépris… C’est vrai que la gauche de la gauche n’a jamais donné dans les anathèmes lapidaires…
Bon, prendre aux riches pour donner aux pauvres c’est vrai que ça a le mérite de la simplicité (cela dit sans mépris aucun).
Ah, sinon, je remarque que le « non » (pour faire court) a tout de même six candidats pour un total actuel d’à peu près 25% dans les sondages. Sans doute l’effet d’un grand complot ouiiste.
@ david-david,
Mais je serais ravi de vous y accueillir.
@ Cyrille,
Damned, mais c’est vrai. Je suis, décidément, indécrottablement urbain je crois.
@ pas-perdus,
Oui, ça se défend, mais ça ne me parait pas suffisant pour autant.
Rédigé par: aymeric | 28 mars 2007 à 11:28
@ aymeric : le renouvellement avec F. Bayrou dépend-il d'autre chose que de notre vote ? Notre vote aux présidentielles et aux législatives, s'entend ; mais ce sont les mêmes électeurs.
@ pas perdus : F. Bayrou était le seul candidat au sein de l'UDF, on peut difficilement lui reprocher d'avoir un parti uni. Le débat a d'ailleurs eu lieu auparavant, et la TV était présente, en déc.05/jan.06, avec suffrage universel des militants, contrôlé et non contesté.
Quant au 3ème argument, la première et dernière fois que le PS a eu une majorité absolue à l'Assemblée, c'était en 1981. Le "sans doute" est donc bien optimiste !
Rédigé par: FrédéricLN | 28 mars 2007 à 17:11
NB - au passage, un 21 avril bis, ce serait Sarkozy vs Le Pen : voter Bayrou peut aussi être une excellente façon de l'éviter.
Rédigé par: FrédéricLN | 28 mars 2007 à 17:14
Evidemment.
Seulement, un vote Bayrou au deuxième tour s’appuierait sans doute, et dans d’assez importantes proportions je pense, sur un rejet de son vis-à-vis. Et il n’est pas du tout sur que cela joue également aux législatives pour lesquelles les électeurs pourraient bien rentrer au bercail.
Rédigé par: aymeric | 28 mars 2007 à 17:41
Se reconnaitre à 100% dans un candidat est très certainement devenu impossible et c'est plutôt sain finalement .. cela peut éviter les hommes providentiels (pour les femmes on a pas encore testé).
Si je suis arrivé par déduction sur Ségolène Royal, c'est à cause de sa personnalité, de son parcours, du PS, du pacte présidentiel et de tout ce qui reste encore à faire. Le sentiment que cela commençait à bouger c'est ce qui m'a motivé à participer à la campagne interne au PS. Beaucoup reste à faire.
Je pense au plus profond de moi que l'on est à un moment charnière de l'histoire. Cela dure depuis un certain temps, cela durera encore un certain temps.
Le débat politique, le clivage enrichissant entre une droite et une gauche cherche de nouvelles modalités d'expression (d'où ma légère crise d'urticaire face au positionnement de F.Bayrou), de nouvelles valeurs forgées parfois avec des outils du passé (d'où le fait que je suis nettement moins critique sur le chevènementisme..à condition de bien s'entendre sur les objectifs)
Nos grilles de lecture sont encore anciennes, d'où ce sentiment de naviguer à vue...
Un peu théorique mon truc là !!
Bonne journée
Rédigé par: Erasme de Metz | 28 mars 2007 à 18:01
Pour moi, malgré son délire sur le drapeau (il y avait un match des bleus à la télé ?), c'est Ségo. Elle a l'avantage sur Bayrou d'avoir Strauss-Kahn avec elle. Elle a aussi l'autre avantage de pouvoir battre Sarkozy au second tour, alors que, malgré les sondages actuels, je pense que Bayrou perdrait (je crois tout à fait ceux qui disent que Corine Lepage serait aussi donnée gagnante aujourd'hui au second tour contre Sarkozy dans les sondages).
Rédigé par: Bernard | 29 mars 2007 à 16:06
salut,
ce qui me chiffonne dans ce billet, c'est que tu renâcles à vouloir donner un coup de pied dans la fourmilière. sûr que bayrou n'est pas un révolutionnaire et faute d'enthousiasme pour les candidats on peut s'enthousiasmer pour éparpiller les fourmis, histoire de voir...
Rédigé par: NICOLAS | 17 avril 2007 à 17:34
"on peut s'enthousiasmer pour éparpiller les fourmis, histoire de voir…"
Bigre, je ne te connaissais pas ce côté "Poil-de-carotte".
Bon, évidemment, pour un bourgeois versant dans la modération molle ce genre d'argument ne parle pas trop et n’incitera, du coup, pas particulièrement à voter Bayrou (un comble !).
Rédigé par: aymeric | 18 avril 2007 à 12:19