juin 2009

lun. mar. mer. jeu. ven. sam. dim.
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30          

founded in 1897

un captif amoureux

Blog powered by TypePad

16 juin 2009

les turcs et le troc en toc

Oui a la turquie Je ne comprendrai jamais que ceux qui le proposent ne se rendent pas compte que la notion de partenariat privilégié appliquée à la Turquie est une indécente arnaque, une odieuse verroterie contractuelle qui ne bernera personne.

Déjà liée à l’Europe par un accord d’association depuis 1963 et un accord douanier depuis 1966, que pourrait attendre la Turquie de ce fumeux concept ?
Ce refus grossièrement maquillé ne l’humiliera que davantage et n’atténuera certainement pas le parjure qu’il impliquerait.
Oui, parce que la Turquie est le pays dont la candidature est la plus ancienne. L’accord de  1963 prévoyait, à terme, son éventuelle adhésion. Le 13 décembre 1999, le Conseil européen lui donne le statut de candidat officiel en précisant même qu'elle est « un État candidat qui a vocation à rejoindre l’Union européenne sur la base des mêmes critères que ceux qui s’appliquent aux autres candidats ». Enfin en 2005, après plus de quarante ans d’un long processus de rapprochement, les pourparlers d’adhésion sont officiellement ouverts.
Ça ressemble tout de même fortement à un engagement.

On aura beau jeu, dès lors, de poser en vertueux pour dénoncer le chantage des Turcs quand ceux-ci osent avouer qu’ils l’auraient assez mauvaise si l’Europe ne les traitait pas comme les plus récents entrants et s’asseyait sur sa parole.
Les craintes suscitées par l’entrée de la Turquie ne seront à mon avis que de peu de poids comparées aux conséquences d’un refus.

Le nature asiatique de la Turquie ?
La belle affaire.
Déjà que l’affirmation est très discutable, ses rapports avec l’Europe étant nombreux et continus depuis plusieurs siècles, l’argumentation ne repose que sur de l’essentialisme.
Or l’Europe est en fait - malgré l'apparent paradoxe - moins une entité figée, liée à un territoire fini, qu’un principe et des normes.

Tournons-nous un peu vers Michel Rocard : « L’Europe a consacré son énergie à tenter de débloquer ce qui ne marche pas, l’approfondissement politique, et à ignorer ce qui marche, l’élargissement. Et si elle faisait l’inverse, si elle décidait de s’appuyer sur son point fort ? La dynamique de l’élargissement, en effet, ne se tarit pas. Les adhésions sont des succès : elles apportent stabilisation démocratique et développement économique. Après chaque élargissement, les pays aux nouvelles frontières de l’Union n’ont qu’une hâte, adhérer à leur tour. Dans ce scénario de l’élargissement, il ne s’agit plus de construire une nation européenne mais de contribuer à rapprocher les peuples. L’Union a permis aux ennemis mortels d’hier - la France et l’Allemagne - de vivre ensemble en harmonie et de prospérer. Elle a vocation à étendre son mode de régulation démocratique et économique le plus largement autour d’elle. C’est d’autant plus crucial pour l’avenir du monde que les grandes failles de la mondialisation, celles du «choc des civilisations» entre l’Islam et l’Occident, passent à ses frontières : Turquie, Moyen Orient, Maghreb. L’Europe, par l’élargissement, pourrait ainsi contribuer à les pacifier. »

Et moi d'applaudir car c’est là qu’à mon sens se joue ce qu’il y a de plus stimulant, de plus neuf et puissant dans la construction européenne : le développement économique et la diffusion de normes.
J’entends bien que pour certains c’est moins vendeur qu’une Europe fédérale, puissance politico-militaire animée de fantasmes Carolingiens, mais moi ça m’exalte.

Ça m’exalte parce que l’idée de voir les Critères de Copenhague respectés par une part croissante de nos voisins immédiats me parait des plus rassurantes. (Oui, me rassurer m’exalte, mettez ça sur le compte d’une adhésion assumée au tiédisme socio-démocrate.)

Ça m’exalte parce que l’organe à l’origine de cette diffusion possède, contrairement à ce qu’en pensent beaucoup, plus de garanties d’indépendance, de séparation, de contrôle des pouvoirs et de transparence que bon nombre d’États européens mêmes.

Ça m’exalte enfin parce que ce qui est en marche associe la saveur de l’inédit à une solidité insoupçonnée. Puisque nous sommes sur le terrain du droit, terrain réservé aux sachants dûment adoubés par l’Université, je me réfère à une feue sommité du domaine, le juriste Jean Carbonnier, qui parlait de ces droits qui n’ont « ni histoire, ni territoire », comme « surgis d’abstraction » mais ne présentant pour autant nullement  le caractère éthéré qu’on prête aux u-topies, car « autour des droits européens s’est constituée une telle capitalisation d’intérêts et d’ambitions qu’il faudrait rien de moins qu’une éruption de volcan pour faire crouler ces Babylones modernes. »

Si on ajoute à cela que, face au caractère global d’un nombre croissant de phénomènes, on ne pourra longtemps faire l’impasse sur l’établissement de normes mondiales, l’élargissement tel que défini plus haut par le grand Michel (et donc, incluant la Turquie pour lui donner force et consistance) ce n’est pas marqué dessus, mais c’est le salut.

08 juin 2009

dans l'œil du prochain

J’ai vraiment cru que La Panoplie littéraire de Bernard Frank me plairait.
Mais je n’ai lu que phrases qui montent en une mousse narquoise, prétentieuse et inutile, n’offrant finalement que la brillance toc et sentencieuse du petit malin.
Pas faute d’avoir été prévenu pourtant.

02 juin 2009

le déni de pouvoir

Goulard C’est curieux le déni qui caractérise les partis les plus europhobes (oui, appellation que je trouve plus honnête que le pudique « -sceptiques » dont ils se font trop souvent un bien mauvais cache-sexe).

L’argument le plus trans-partis et donc le plus entendu (de Dieudonné à Lutte Ouvrière, Du Front National à Besancenot) est de prétendre que le Parlement Européen ne sert à rien.

On peut déplorer qu’il n’ait pas davantage de pouvoirs, mais certainement pas qu’il n’en a aucun, ni même que ceux-ci ne soient que symboliques.

Mais peut-être n’y a-t-il pas là qu’une volonté de dépeindre une Europe qui correspondrait à leur fantasme (décisions occultes, inutilité du vote et donc de la volonté citoyenne, etc.) en gommant tout ce qui pourrait nuancer (pour ne pas dire réfuter) cette vue.

Les élections européennes n’ont beau traditionnellement fabriquer que des vainqueurs

(« D’ailleurs les français ont clairement signifié leur soutien du Gouvernement en plaçant la liste de la majorité en tête. » Vs  « Le peuple français qui, à plus de 70%, a voté contre la majorité actuelle ne pouvait montrer plus nettement ce désaveu. »),

les souverainistes de tous bords ont sûrement la nostalgie d’une époque pas si lointaine où ils étaient triomphants. En appelant plus ou moins subtilement à l’abstention, ils s’offrent ainsi  la possibilité d’un score sans aucun rapport avec les misères qu’on leur promet actuellement.

01 juin 2009

deaf proof (vol. 2)

Villette sonique, vendredi 29 mai 2009.


Petit_Livre_Rouge 1.
Bonjour, je m’appelle aymeric, j’ai 34 ans, et, euh… j’ai assisté à un concert de rock progressif…
Je ne sais pas trop ce qui m’a pris.
Je ne cherche pas d’excuse, non.
Le fait que Goblin ne fut pas le seul groupe à l’affiche ne change rien : j’aurais pu, j’aurais dû arriver plus tard.
Les beaux papiers qu’ils avaient inspirés n’étaient que simulacre de beauté, pure falsification bourgeoise.
Avoir habillé Argento n’aurait dû être perçu que comme l’entrisme grossier qu’il était, qu’importe s’il se trouvait des laudateurs dans nos rangs.
D’ailleurs, la lucidité me revint rapidement, implacable.
Passées les premières minutes où, tout à mon hérésie, je guettais quelques belles choses que je crus même – fou que j’étais – déceler par moment, l’évidence, telle un rouleau compresseur, s’imposa me montrant dans une cruelle nudité ces quintaux d’arrangements pompiers, ces épouvantables prétentions symphoniques, ces synthés aux lourdeurs Vangelisiennes ou encore ces soli pleins d’éprouvante emphase Satrianienne.
A cet instant, la honte m’envahit et je me vis à peine plus glorieux que ces fans pantins, répugnants dans leur transe dansée.
J’avais des yeux mais je ne voyais pas, j’avais des oreilles mais je n’entendais pas.
La Grande Séparation était un événement nécessaire et se fourvoie celui qui tente de franchir ces hautes barrières qui ne sont là que pour le bien des peuples.
Ceux à qui j’ai accordé de l’importance n’étaient que de pauvres tigres de papier.
J’ai œuvré contre l’intérêt supérieur des masses, je mérite d’être rééduqué, j’accepte ma sanction.

Entrenous1 2.
Vous, chemise d’un blanc transparent, diaphane, sur un débardeur noir.
Moi casquette sur une barbe à lunettes. Envouté.
Vous vous teniez à droite de la scène votre guitare paraissait bien grande dans vos bras menus.
Vos premières notes se firent dans une salle clairsemée ; les débuts furent difficiles, de temps en temps un rire s’entendait.
Mais vous jouâtes résolument. 
Vos deux collègues vous pavaient une rythmique large et continue pour vos riffs et boucles qui semblaient revenir des germaines contrées de Neu!
Mais vous n’oubliâtes pas en chemin de grimper quelques sommets acides.
Vous tonitruâtes aussi parfois, en toute désarticulation.
Trop peu de temps s’écoula avant que les lumières ne se fassent sur une salle devenue dense, joyeuse et bruyante. Charmée
Vous revoir.


Novovisions 3.
La basse claque et explose, souffle et m’emporte en arrrière.
Ma carcasse dans les airs qui vole à rebours des ans.
Jet balistique, trajectoire Von Braunienne.
Puis le crachat du corps sur un bitume qui vibre des explosions électriques de l’Année Käpitale : 1980.
De la décomposition du cadavre des seventies s’échappent les radiations fatales qui vont contaminer la cité entière.
Et c’est ainsi que vient le règne du fünkmütant, növögenre qui impose ses saccades reptiliennes à une NY extatique sous les coups de cuir et de rasoir.
Pour passer le soir, j’avais fait glisser mes semelles jusqu’au 77 White Street, dans un Mudd Club en fusion.
Une mécanique qui broie des rythmes hispaniques charme des filles-serpents ondulant comme du plastique qui fond et dégouline.
Liquid-Liquid a pris le pouvoir et nous impose de nouvelles marches à nous, l’armée flambant neuve, foule esclave et enthousiaste qui frappe le sol et frappe encore.
Déluge de talons, explosion percussive, extase sur nos pâleurs de visages.
J’ai longtemps cru que ces décharges rythmiques tueraient sans pitié le temps. Se feraient le métal qui lui transpercerait la nuque, les dents Chroniques se refermant sur une langue d’acier froid.
Mais la dernière note sonne l’heure de l’aspiration retour.
Violent dépôt devant une mer de néons qui nous brûlent la vue tandis que s’éloignent quatre corps secs de quinquagénaires durement sculptés par le footing et la macrobiotique.
Retour à la l’implacable force d’une vie saine que les charmes ont désertée.

29 mai 2009

les structures élémentaires de la discrimination

Spider jerusalem Le chiffon républicain n’est jamais aussi bien agité que par ceux-là même qui s’en recouvrent.


A la fois bandeau et condamné il est ce qui refuse de compter ses minorités au nom de la totalité tout en jetant ceux qu’elle prétend ne pas extraire aux infinies vexations.


A l’impératif des charters à remplir s’est ajouté un  nouveau besoin de protections impossible à rassasier.
Et qu’importe que les preuves de l’inefficacité de la méthode s’empilent en toute désespérante inutilité.


La discrimination, tolérable  en actes, ne saurait supporter d’être nommée par le speculum qui la dévoilerait.


Qu’analyses et faits puissent se rejoindre, voilà une bien inconcevable hérésie pour les aveugles volontaires.

28 mai 2009

deaf proof (vol. 1)

Vs Au fond, est-ce qu’un concert de rock peut désormais apporter autre chose qu’une excitation un peu factice, un reste d’émotion qui ne tient bien souvent qu’à un art plus ou moins maîtrisé d’accommoder des clichés ?
Sans doute pas.
Mais les restes peuvent être fort beaux et, pour des wagons de cuistots piteux, on trouvera toujours quelques Carême en cette matière.

Mardi 19h30, sous des halles anciennement dévolues aux activités bouchères, en tailleur sur un sol non encore trempé de bières, je consulte le menu tandis que tout autour de moi, fosse et gradins se remplissent.

Men Without Pants en entrée.
Supergroupe parait-il, mais de la « clique impressionnante » (sic) je ne connais que Dan the Automator, dont je ne pense pas grand-chose et Russel Simmins, que j’avais déjà vu derrière les fûts de John Spencer Blues explosion - de très habiles lurons dans le registre de l’énergie bouffonne - et via un CD d’il y a une douzaine d’année : Butter 08, déjà un projet All-Stars mais très bien fichu, lui.
Les autres mentionnés ne sont que des noms que je ne pense pas avoir lus plus que diagonalement…
Bref, du beau linge à la page qui ne sait proposer qu'un brouet fadasse.
L’animation de scène assurée par un guitariste qui nous sort, appliqué, toutes ces figures que l’air guitar a achevé de rendre ridicules. En somme, un tout petit truc ; pas beaucoup plus intéressant que n’importe quel de ces combos qu’on croise en masse les soirs du 21 juin à cette heureuse différence qu’ils nous épargnent ce soir les reprises de Nirvana, Noir désir ou Téléphone qui méritent mille fois le pal.

Sunn 0))) Sonne l’heure de Sunn 0))) qu’annoncent des chants grégoriens, suivis d’orgues étales et d’une très – mais vraiment très – progressive extinction des lumières.
Pendant ce lent écoulement, des jeunes gens très pileux se réunissent, l’air recueilli, devant la scène. Oui, parce que Sunn 0))) est un groupe dit de « drone métal » et que le mot important doit être métal si j’en crois la concentration de ces trognes chevelues, barbues, dreadlées, crêtées, piercées, tatouées.
Des vrais méchants 80’s mais de ceux qui maniaient le laser ou la masse d’armes, pas les peroxydés soviético-nazillons qui plaçaient leur cigarette au milieu du poing.
Pourtant d’après ce que j’en sais, la musique qui va nous être proposée ne leur donnera  guère l’occasion de secouer la crinière.
A voir la plupart des barbares réunis s’équiper de bouchons d’oreilles, mon premier réflexe est de moquer – discrètement, prudence oblige – la supposée virilité de ces messieurs, puis je réalise que sur la scène se dresse maintenant un imposant mur d’enceintes.
Tonnerre, je vais prendre cher !
Et je pris…
(Mais je dois être un peu lavette car j’en ai ensuite entendu – enfin entendu… - déplorer le trop faible niveau sonore.)
Sacrée expérience qu'un concert de Sunn 0))), au sens laborantin du terme. Une puissance de son qui vous secoue l’organisme entier, ne se contentant pas des tympans.
Par contre ça demande une endurance que je n’avais pas hier soir ; j’ai dû sortir de la salle à deux ou trois reprises, le temps de croiser un rock critique en tenue et exercice qui rédigeait son compte rendu mi-accoudé mi-vautré sur un pouf.
Cinq bonne minutes d’absence : même pas sûr d’avoir loupé un accord.
Bruit, lenteur et répétition : du Charlemagne Palestine par d’autres moyens.
Oui, oui, c’est envoûtant.
J’avoue, c’est vrai, leur côté grand guignol (robes de bure à capuchon pointu, et fumigène à gogo) n’est pas déplaisant, au contraire, mais à vrai dire la quasi dévotion que leurs vouent certains m’avait fait espérer un peu mieux.
J’aurais aimé adorer.


JesusLizard La dernière salve est laissée aux bons soins de Jesus Lizard que je ne connais pas vraiment non plus – mais, quoi ? On ne va pas forcément au concert pour fêter ses idoles.
Quelques morceaux entendus distraitement ici ou là sans qu’ils m’aient marqués.
Un vague souvenir du split single qu’ils avaient enregistré avec Nirvana, au temps des  premières tentatives de Kurt Cobain pour saccager son succès.
Bon ça ne date pas d’hier, et ne remue pas non plus de forts souvenirs. D’après ce que j’en ai lu, la récente reformation sent son besoin urgent de monnaies. De quoi attendre les punks plus que quadras sans enthousiasme excessif.
Il ne m’aura pourtant pas fallu plus de cinq minutes pour guincher comme un couillon.
En voilà qui ont du métier dans le barnum et qui le font sacrément bien.
Un  professionnalisme poussé au point d’avoir un préposé aux slams, robuste gaillard aux allures d’un Gerets mâtiné de Léonard Cohen qui récupère chanteurs et micros dans la foule, canalise le flot des spectateurs venus sur scène secouer leur tignasse – d’autant plus fougueuse sans doute qu’elle fut précédemment frustrée - avant de se jeter dans une foule coopérative. Il en pousse aussi quelques-uns, ceux qui trainent un peu trop ; pour leur bien, le chanteur n’ayant pas grand respect pour l’intégrité physique ou les fringues de ses fans.
Ah le chanteur, un nabot furibond qui hurle se tord et se jette, prend les poses les plus vulgairement aguicheuses en caressant sa blanche bedaine à bibine. A le voir on ne s'étonne plus que son boulot soit "physiquement aussi éprouvant que de creuser une fosse, déplacer des meubles ou une machine à la force du poignet."

Mais savoir ainsi vous servir les plats les plus éculés sans que vous ayez à vous plaindre de la fraicheur n'est pas qu'une question de métier. Il faut de la tripe et de la foi ; ces garçons sont pourvus des deux.
De la bastonnade classique et bien troussée que j’ai aimée à m’en faire mal à la nuque.

Tout pour ce soir
Retour vendredi, principalement motivé par ces messieurs.

27 mai 2009

comment ça a commencé à déconner ?

Ocean hill Je ne cherche pas particulièrement à émouvoir mais sachez que bénéficier de réductions en tous genres se paye.
Depuis que prendre le train me coute 30% moins cher que la plupart d’entre vous et bien je suis condamné, comme en contrepartie, à ne pouvoir suivre les émissions de radio que partiellement, en permanence contraint à coudre grossièrement des bribes.
Tenez, dimanche dernier j’impose en maître du foyer mon Meyer dominical et pas moyen de suivre.
Insensibles à l’autorité du père, mes rejetons ont multiplié les plus bruyantes manifestations d’enthousiasme juvénile.
Là où c’est devenu vraiment frustrant c’est que j’ai eu le temps de reconnaitre dans le tohu-bohu la voix d’un Jean-Louis Bourlanges qui s’était fait bien trop rare ces derniers mois et qui m’a d’autant plus manqué que c’est le triste Pastré qui a le plus souvent squatté la place inoccupée.

Heureusement le progrès, qui parfois mérite son cierge, rend possible de réécouter tout cela plus au calme lorsque les enfants – merci Madame Carpantier – sont retenus ailleurs.

Ainsi je m’aperçus aujourd’hui que Jean-Louis avait décidé de fêter nos retrouvailles d’une drôle de manière, m’obligeant pour une fois à être en désaccord avec lui.

En effet (ha ha) à la 19e minute de l’émission, il a dit : « Il y a traditionnellement une certaine animosité entre la communauté noire et la communauté juive américaine »

Mon cher Jean-Louis, c’est peut-être vrai maintenant mais ça n’a rien de traditionnel.
C’est même curieux qu’un érudit tel que toi, fin connaisseur des cultures étrangère et tout et tout n’ait pas pensé au NNACP (National Association for the Advancement of Colored People), fondé par des avocats juifs et noirs.
Sans même remonter aussi loin, comment as-tu pu oublier les mouvements des droits civiques des années 50 et 60 avec la fameuse affaire du Freedom Summer et l’assassinat de trois activistes : deux juifs et un noir dont Alan Parker avait tiré un si mauvais film.

Alors, pour que cette belle entente s’effiloche en quarante ans, pour qu’on en arrive maintenant à penser l’animosité actuelle comme traditionnelle qu’est ce qui a bien pu se passer ? Oui, comment ça a commencé à déconner ?

Dans son livre Can’t stop won’t stop (sur la culture Hip-Hop, mais que ça ne vous empêche pas de lire ce qui va suivre), Jeff Chang prétend carrément dater le moment de bascule.
Selon-lui tout a changé lors d’événements qui se sont déroulés à New-York dans le quartier d’Ocean Hill/Brownsville, une zone sinistrée et composée à 95% d’afro américains et de portoricains.
En 1967, sous le mot d’ordre de « contrôle par la communauté », l’administration scolaire nouvellement élue et composée principalement d’activistes noirs nomma un nouveau directeur et cinq nouveaux proviseurs, tous noirs.
De son côté, la fédération unitaire des professeurs (UFT), un syndicat d’enseignants progressistes principalement juifs, commença l’année scolaire par une grève, suite à la brutalité de changements non motivés par des critères professionnels. L’administration entreprit alors de remplacer les professeurs syndiqués par des professeurs de couleur appartenant à la communauté. Et voilà qu’arrivent les conditions pour un affrontement dont les plus gros dégâts seront les collatéraux
Après deux ans de conflits permanents, les professeurs syndiqués l’emportèrent, reprirent leurs postes, l’administration fut dissoute et le directeur noir placé sous la tutelle d’un administrateur de l’état. Les vainqueurs n’avaient certes pas fait campagne au nom d’une quelconque communauté juive, mais c’est bien comme ça qu’ils furent perçus par les activistes du « contrôle par la communauté » qui ne leur pardonnèrent jamais et les rangèrent globalement parmi les ennemis de la communauté.

Évidemment, vous êtes sceptiques et moi aussi. Considérer que c’est de cette quasi anecdote que découle l’antisémitisme maladif d’un Farrakhan ou d’un Professor Griff, parait un peu excessif.
Et c’est oublier le rôle de l’arrivée de l’Islam dans le militantisme noir, la radialisation des Blacks Panthers dont la dérive, haineuse et raciste, a été très tôt perçue par Romain – gloire à lui – Gary. Mais à ces causes, on peut toujours trouver d’autres causes.

Tandis que l’affaire d’Ocean Hill/Brownsville illustre bien ce moment où les alliés d’hier se retrouvent opposés d’intérêts quant il faut à la fois partager le butin et décider des actions à venir.

23 mai 2009

si j'en suis, que j'en profite

Alors que je m'apprête à prendre le train, un de ces meubles urbains qui poussent en nombre autour des gares m'apprend que que je suis de ceux qui ont le pouvoir.
Foutre Zeus, mais c'est que je ne le savais même pas !
Sûrement qu'il me manque quelques clés pour pleinement y accéder.
Mais, bien qu'ayant regardé attentivement le magazine - sous le regard noir du vendeur en gilet rouge que seul, sans doute, la crainte de se mettre à dos un possesseur du pouvoir a retenu de m'expulser de son Relais H - je n'ai rien trouvé d'utilisable.
Une bonne âme consentirait-elle à me tuyauter ?

19 mai 2009

petit rapport sur un ciné-parc en chambre

Millenniummambo La médiathèque, que je fréquente plus qu’aucun autre lieu de culte, est aussi l’endroit où je donne le plus libre cours à l’une de mes perversion : la consommation boulimique des marchandises culturelles ; j’y additionne les emprunts jusqu’au limites permises.
Mais même en y consacrant le plus de temps possible, il est difficile de respecter les délais, ces trois semaines au delà desquelles l’amende tombe.

Alors, bien sûr il est possible de prolonger mais arrive tout de même un moment où il faut rendre.
Autant l’accumulation des livres fait qu’il est impossible, ou quasi, de lire la totalité des emprunts – je me suis fait une raison depuis le temps et puis ce que je tente n’est pas toujours très heureux.
Les films par contre, deux en tout et pour tout, ça devrait pouvoir se caser sans difficulté dans l’emploi du temps.
Pourtant, il n’est pas rare qu’ils ne soient toujours pas vus la veille d’une date impossible à repousser.
Je peste et m’engueule alors. Bougonne des résolutions sans convictions et m’apprête à bouffer du film toute la soirée.

Exemple jeudi soir dernier :
En préambule : liquidation la plus rapide possible des les travaux du soir (bain, repas, déblayage post apocalypse).

Ensuite écarter les alternatives tentantes :
-     le tennis qui se poursuit du côté de Madrid, mais, une opportune défaite piteuse de Simon, me coupe l’envie. Il faudrait d’ailleurs se demander depuis quand nos quatre mousquetaires ont réussi à gagner deux matchs d’affilée.
-    et surtout ce Rebatet qui me fait de l’œil, merveilleux gros roman que je goûte à longs traits, les yeux écarquillés, comme au spectacle.

Vingt et une heure : la couette qui me recouvre et sur laquelle reposent toutes les télécommandes nécessaires, j’entame mon drive-in en chambre.

Malgré d’évidentes distances, temporelle et géographique, et sans que je l’aie voulu, les deux films choisis dans les rayons de Beaugrenelle se tiennent ensemble par une claustrophilie très prononcée.
Claustrophilie perceptible dès les premières secondes de Millenium Mambo du Taïwanais Hou Hsiao-hsien : lent travelling, caméra à l’épaule, suivant une jeune fille cigarette à la main qui marche dans un long tuyau de béton, verre et néons tandis qu’une voix off nous décrit par le menu les complication sentimentales de la demoiselle, nous dévoilant à cette occasion l’essentiel de l’intrigue.
Salué comme un chef d’œuvre  à sa sortie - merveille de "trip expérimental" ai-je lu - en fin de compte 100 minutes pas déplaisantes, aux portes de l’envoutement même parfois mais trop marquées pas ces tics  d’autant plus décelables huit ans après sa sortie, que depuis le cinéma asiatique s’est confortablement installé, dans nos festivals, salles et vidéo-clubs occidentaux, imposant son sentimentalisme poétisé ou ses coups de forces stylisés,  ses attrapes d’éphèbe ou ses effets de satrape.
Ici, c’est la première manière qui est majoritaire, dans un film tout occupé aux tourments d’un cœur  qui se débat mollement et se traine dans les espaces confinés de boites de nuit surchargées en monde et en décibels – ça doit causer au jeune noctambule urbain.
On vous esthétise le tout en régulières suspensions du rythme, savantes répétitions et déconstructions. On aère un peu de temps en temps en faisant rentrer le grand froid d’une escapade à Hokkaido. Un ou deux flingues pour faire bonne mesure. Et, emballé c’est pesé : bien foutu, charmant mais un peu factice. La qualité chinoise en somme ?

Duvivier Pas de pause cartoon ou actualités, le temps presse et un Duvivier m’attend : La Charrette fantôme.

En voilà un qui n’a plus depuis un bail la faveur de la critique. Un demi-siècle plus tôt, il fut même
L’une des têtes de turc des jeunes du même nom mais, que le grand Turc me troque, j’ai plutôt aimé.
Il y a dans ce film comme dans les quelques Duvivier que j’ai pu voir, beaucoup  de qualités.
Une  caméra  qui, rare pour l’époque, se meut volontiers et fort élégamment qui plus est, en mouvements serpentins où l’on sent toute l’animosité vis-à-vis des personnages dont elle s’approche.
Oui, parce que la noirceur de Duvivier, ce n’est pas une réputation volée. Foutre non !
Et cette adaptation d’un conte scandinave, déjà porté à l’écran deux fois, forme un beau canevas pour les poses pessimistes de Duvivier : le déterminisme social, l’incapacité à changer sa condition, son corps même comme la plus hermétique des cellules – le charretier fantôme appelle les âmes des défunts d’un « Prisonnier, sors de ta prison ».
Ok, il faut se farcir un Fresnay en plein exercice de composition.
D’accord le film porte les obsessions de l’auteur de manière un poil trop démonstrative.
Mais avec quelle gueule aussi !
Ces plans saturés de grilles, de planches, de fenêtres quadrillées, de barreaux de chaises, rampes d’escaliers, roues…
Lignes qui se croisent, enserrent, toile d’enfermement que ne vient éclairer à quelques reprises qu’un visage illuminé de Piéta blême au bord des larmes, incongru au milieu du défilé des tristes trognes.
Le tout dans une photo impeccable de Jules Kruger ; de la gueule vous dis-je.
Et avec le bon goût de ne pas durer trop longtemps, que je puisse éteindre ma lumière à une heure à peu près décente, pour enfin profiter du sommeil haché que l’on connait peu de temps après une naissance.

10 mai 2009

castel en somme

"Avec un chômage important, une précarité du travail de plus en plus grande, compte tenu aussi de l'allongement de la durée de vie, il serait idéaliste de vouloir maintenir la quasi-intégralité du financement de la protection sociale sur la base des cotisations patronales et salariales issues du travail. Si on s'acharnait dans cette direction, cela risquerait de faire craquer le système. Avoir recours à l'impôt, au moins en partie, est sans doute la solution à laquelle il faut se résigner pour garder notre système actuel de droits. [...] Quelqu'un de gauche doit, selon moi, défendre l'idée d'une « sécurité sociale minimale garantie », un peu comme on parle du smic pour le travail. Avec sept ou huit droits attachés comme le droit à la santé, au logement... C'est la moindre des choses. Nous ne sommes quand même pas dans une société pauvre."

Extraits d'une interview du sociologue Robert Castel.

Google

WWW
cinquiemee.typepad.com